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15 octobre 2017 7 15 /10 /octobre /2017 21:27

Impressions sur les pays Baltes

 

Pays Baltes, pays nordiques : douce température pendant que la France peinait sous la canicule ; fleurs de printemps : du lilas, des ancolies, des pivoines, des lupins sauvages…

Il se dit là-bas que le temps est capricieux comme l’humeur d’une vieille fille !

Après informations, il semblerait que nous ayons bénéficié d’un printemps particulièrement clément (4 degrés au-dessus de la moyenne ce mois de juin en Lettonie !)

 

Pays Baltes, pays de lumière d’été, rase le soir, si longtemps… seuls les somnambules ont pu voir un bout de nuit, et la nuit de la Saint-Jean est si courte qu’il aurait fallu veiller très tard pour voir les feux !

En hiver à Tallinn le jour le plus court est de 6 heures et 2 minutes. La journée la plus longue, le solstice d’été, dure 18 heures 40 minutes.

 

Pays Baltes, pays plats, pays d’eau : de belles rivières calmes, des tourbières, des marécages à cigognes et des prairies humides.

En Estonie, 420 cours d’eau et 1 520 îles, celle de Saaremaa est la plus grande. (On y trouve le cratère de Kaali formé par un impact de météorite il y a plus de 4000 ans).

De grands fleuves : en Lituanie le Niemen et la Néris se marient à Kaunas, en Lettonie la Daugava arrose Riga, prend sa source en Russie et mesure 1 020 km… comme la Loire.

 

Pays Baltes, pays de forêts : des pins, des sapins, des chênes qui trônent au milieu des terrains de foot, des bouleaux très grands, des genévriers très hauts.

Les forêts couvrent entre 30 à 40 % du territoire. En Lettonie, la sève de bouleau, réputée pour ses vertus dépuratives et revitalisantes, est récoltée au début du printemps.

 

Pays Baltes, pays de vieux glaciers… En Estonie d’énormes blocs de granit laissés par les glaciers sont là posés en mer et même dans les super marchés !

  

Voilà quelques impressions de notre voyage qui nous a permis de découvrir des sites remarquables : en Lettonie :  Gauja le plus grand parc national des pays baltes et un des plus anciens ; en Estonie le parc national de Lahemaa et ses falaises calcaires et la réserve naturelle des tourbières d’Endla avec ses Droseras et ses Linaigrettes.

  

Nous avons aperçu des chevreuils, biches, renards, rapaces et cigognes, beaucoup de cigognes signe de chance là-bas, sans avoir pu rencontrer la cigogne noire, l’aigle royal ou l’écureuil volant, espèces rares et locales…

 

La nature est donc très présente et le semble aussi dans l’esprit des habitants : des marchandes de fleurs à tous les coins de rue, des couronnes de fleurs pour la Saint-Jean, des symboles nationaux (le bleuet et l’hirondelle en Estonie), une priorité politique définie clairement par la présidente de Lituanie. À noter l’absence visible de déchets dans les espaces naturels : en Estonie les décharges sauvages sont localisées par satellite puis communiquées aux habitants, des dizaines de milliers d’Estoniens nettoient ainsi les déchets dont 80 % sont recyclés.

 

Ce bref séjour nous a permis d’appréhender la richesse naturelle des pays baltes avec un petit goût de trop peu, de quoi nous donner l’envie d’y retourner…

 

Jean Marc Gibey

De Cabara à Riga…

Ou, comment la marine française a « sauvé » la république lettone en 1919 ?

 

Des trois pays baltes, la Lettonie est certainement celui qui a l’histoire la plus complexe.

Avant la proclamation de son indépendance en 1918, la Lettonie n’avait jamais existé en tant qu’État, mais depuis le XIIème siècle,  le duché de Courlande, la Livonie et le Latgate ont constitué un ensemble, aux limites très changeantes, dont l’élément fédérateur a été la langue,  le letton.

Cet ensemble, que nous appellerons «La Lettonie », a été dominé, totalement ou partiellement, au fil des siècles, par la Lituanie-Pologne, la Prusse, la Suède pour, in fine, être intégré, au milieu du XVIIIème siècle, à l’empire russe.

Au début du XIIIème siècle, la pénétration, en « Lettonie »,  des ordres militaro-religieux (Chevaliers porte-Glaive, chevaliers teutoniques et Ordre de Livonie), constitués de hobereaux germaniques, a été un fait historique majeur qui aura un impact durable jusqu’à l’indépendance de la Lettonie. Elle s’est en effet traduite par une véritable « colonisation » de la « Lettonie et l’asservissement du « peuple letton ». 

À partir du milieu du XIXème siècle est apparu un mouvement culturel par lequel s’est exprimé une forme de résistance à cette « colonisation ». Il a favorisé l’émergence d’une identité lettone fondée sur la langue et  la mémoire collective (réécriture et diffusion des contes traditionnels et des récits d’épopées romantiques ).

En 1917-18, les allemands ont occupé la quasi-totalité des pays baltes. Riga est occupée en septembre 1917). (1) (Riga changera 4 fois de mains entre 1917 et 1919).

La révolution bolchévique d’octobre 1917 a évidemment été un détonateur qui a boulversé le paysage géopolitique de la région.

Après 1a révolution de 1917, les bolchéviques négocient une paix séparée avec les Empires centraux et signent le traité de Brest-Litovsk (3 mars 1918) par lequel ils abandonnent le contrôle des pays baltes aux allemands.

Dès le début de l’occupation allemande, les lettons créent une organisation secrète qui tente de résister. Profitant ensuite du retrait allemand consécutif à la défaite de novembre 1918 et du chaos qui s’en est suivi, ils créent un Conseil d’État qui proclame l’indépendance de la Lettonie le 18 novembre 1918 et installe le gouvernement Ulmanis.

Très rapidement, les bolchéviques qui ont dénoncé le traité de  Brest-Litovsk (20 novembre 1918), reprennent l’initiative. Ils proclament la République soviétique de Lettonie le 17 décembre 1918, occupent Riga le 3 janvier 1919 (2) et instaurent un régime dictatorial qui se livre à de nombreuses exactions.

Dans ce climat de guerre civile, la confusion est à son comble. Plusieurs forces s’affrontent : les lettons, les bolchéviques et les Corps francs allemands organisés, sous des formes variables,  par les barons germano-baltes, souvent soutenus par des russes blancs. L’armée allemande est elle-même traversée par de fortes tensions provenant notamment du mouvement spartakhiste.

Le gouvernement Ulmanis, réfugié à Libau,  le dos au mur, décide alors de faire appel aux allemands volontaires qui constituent, avec des éléments de l’armée allemande, la Division de fer dont le général Von der Goltz,  gouverneur militaire allemand, prend la tête. Il mène une contre-offensive en Courlande d’où il repousse les bolchéviques et reprend Riga le 23 avril 1919 (3). Plus de 4 000 habitants de la ville, essentiellement des bolchéviques,  sont massacrés

Goltz ne s’arrête pas là. Il organise « le coup du 16 avril », mené par les barons germano-baltes qui renversent le gouvernement Ulmanis et soutient l’installation, le 10 mai, d’un gouvernement fantoche composé de germano-baltes et de lettons conservateurs (« gouvernement » Needra).

L’objectif de Goltz est d’installer dans les pays baltes des gouvernements germanophiles.

 

Le contexte diplomatique est très incertain.

Les britanniques semblent prendre conscience du risque que représenterait l’implantation durable de gouvernements germanophiles dans les pays baltes mais la position française est plus ambiguë. Elle n’est pas, par anti-bolchévisme, franchement hostile aux barons germano-baltes, par ailleurs proches des russes blancs. Sa réaction au « coup du 16 avril » est d’ailleurs très molle.

Les militaires français, sur le terrain, adoptent une attitude différente.

Dès le 22 avril, Jean-Joseph  Brisson, alors commandant de la force navale franco-britannique en Baltique, envoie un télégramme à l’État-major dans lequel il souligne « la responsabilité de Goltz dans le « coup du 16 avril » et les liens étroits de ce dernier avec les barons germano-baltes ». Il propose de constituer rapidement une force lettone pour renvoyer les forces allemandes et mettre fin à leur tutelle.

Il n’est alors suivi ni par l’État-major ni par le Quai d’Orsay qui adoptent une attitude suiviste par rapport aux britanniques.

En juin, Goltz, poursuit son objectif d’installation de gouvernements germanophiles dans les pays baltes et engage, contre l’avis de son État-major, une offensive contre les estoniens qui soutiennent les lettons.

C’est alors que la position des alliés change.

La Conférence de la paix donne des instructions nouvelles à Foch qui, le 12 juin,  envoie un ultimatum au gouvernement allemand lui enjoignant de cesser toute action en direction de l’Estonie et de libérer les ports lettons de Libau (Liepaja) et Windau (Ventspils) .

Goltz s’exécute, mais fidèle à sa tactique, il confie la garde de ces villes à des russes blancs (troupe du prince Lieven) qu’il contrôle et de plus, il convainc le « gouvernement » Needra de passer à l’offensive en s’appuyant sur les Corps francs allemands.

Cette offensive est un échec ; elle est arrêtée par l’armée esto-lettone le 22 juin.

Exploitant les difficultés du « gouvernement » Needra, les missions française et britannique suscitent, le 26 juin, un contre-coup d’État pour rétablir le gouvernement Ulmanis.

Le 6 juillet, les forces lettones entrent dans Riga (4) et défilent devant Ulmanis.

La situation parait rétablie.

Et pourtant, commence alors une période extrêmement trouble de négociations au cours de laquelle les ultimatums se succèdent ( évacuation immédiate des forces allemandes, retrait de Goltz… ).

Début septembre, le gouvernement allemand rappelle Goltz, mais le 8 octobre les Corps francs germano-russes (blancs), commandés par Brémondt, un aventurier russe, ancien officier du Tsar, passent à l’offensive avec l’objectif de faire des pays baltes des provinces russes. Brémondt crée alors un gouvernement de la Russie occidentale qu’il souhaite installer à Riga.

Le 11 octobre, les Corps francs occupent la rive gauche de la Druna (Daugava) face à Riga.

La situation parait alors désespérée.

Sans attendre l’avis de ses supérieurs hiérarchiques, JJ Brisson lance un ultimatum aux troupes germano-russes leur enjoignant de quitter l’estuaire de la Druna avant le 15 octobre.

Ce même jour, il les bombarde ce qui permet aux lettons de sauver Riga le 11 novembre,  date qui est maintenant Fête nationale.

JJ Brisson en militaire et en diplomate, coordonne l’action de l’armée lettone et de la marine franco-britannique.

Le 30 novembre l’ensemble de la Courlande et donc la Lettonie sont libérées.

Le 11 août 1920, la Russie reconnaît l’indépendance de la Lettonie (traité de Riga) mais il faut attendre le 26 janvier 1921 pour que la Lettonie soit reconnue sur le plan international et entre ensuite à la Société des nations (SDN). 

 

Les lettons sont très reconnaissants à la France et plus particulièrement au capitaine de vaisseau Jean-Joseph Brisson* pour l’action conduite par la marine française dont ils considèrent qu’elle a permis de « sauver » la jeune république lettonne ( cf plaque ci-dessous apposée sur le mur du château de Riga à l’occasion du 90ème anniversaire de l’intervention)

 

Rémy Blondel

Riga, la perle de la Baltique

Pas de doute, les souvenirs du voyage s'estompent mais la visite de Riga reste dans notre mémoire un temps fort de notre périple sur les bords de la mer Baltique, tant cette ville a su nous séduire par sa beauté et sa diversité culturelle. Peut-être que le charme des femmes couronnées de fleurs pour cette journée de la Saint Jean y a aussi un peu contribué, mais l'extraordinaire richesse architecturale de cette ville portuaire nous a fascinés comme une sorte de musée à ciel ouvert des styles qui ont marqué l'Europe du Nord au fil des siècles.


De la maison au style très flamand des Têtes Noires,  référence à Saint Maurice, martyr éthiopien et saint patron de la guilde des marchands allemands célibataires qui logeaient dans ce bâtiment, réplique de celui construit en 1344  et bombardé par les allemands en 1941 puis rasé par les soviétiques qui n'aimaient pas les marchands, en passant par les églises et temples (les synagogues ont disparu) jusqu'au Palais de la Culture et de la Science, copie réduite de celui de Varsovie ou de Moscou, qui marque ici une occupation soviétique dont quelques statues illustrent encore ce "réalisme socialiste" voulu par Staline, notre déambulation sous le soleil dans les rues et parcs de Riga nous offrit quelques autres étonnantes curiosités comme cet opéra monumental, construit par les allemands au XIXe siècle, ou le grandiose monument de la Liberté surnommé "Milda" .


Mais le point d'orgue de cette visite fut évidemment, le passage par  Alberta iela, rue entièrement composée de façades "Art Nouveau" d'une exubérance et d'une richesse ornementale qui illustrent la prospérité du port de Riga durant la Belle Epoque, de la fin du XIXe siècle à la guerre de 14-18. Au total on dénombre plus de six cents bâtiments de style Art Nouveau à Riga, ce qui en fait sans doute sur ce plan, l'une des villes les plus riches d'Europe, et si à Barcelone, l'Art Nouveau a son maître avec Gaudi, Riga associe ce style à un autre grand nom Mickhaïl Eisenstein, architecte russe venu à Riga profiter de la demande de logements modernes destinés à une bourgeoisie rapidement enrichie.
Homme d'une grande culture et passionné de théâtre et d'opéra, Mickhaïl Eisenstein, excelle dans ces représentations mythologiques illustrant des décors à l'ornementation qui privilégie les lignes courbes (qu'on appela style nouille à Paris) et l'harmonie des couleurs. Plutôt que dans des représentations stylisées de la nature, Mickhaïl Eisenstein puise son inspiration dans la thématique plus figurative d'une statuaire dans laquelle les habitants de Riga s'amusaient à retrouver les visages des actrices les plus renommées de l'époque...

Mais on ne peut évoquer Mickhaïl Eisenstein sans penser à son illustre fils, Sergei, le cinéaste dont l’œuvre a révolutionné l'esthétique de la création cinématographique du XXe siècle. Contrairement à son père qui fuira la Russie en 1917, le jeune Sergei prendra le parti des bolchéviques pour lesquels il réalisera des films de propagande dont un des plus célèbres est "le Cuirassé Potemkine", film à la gloire des mutins de la marine russe de 1905 qui restera interdit en France jusque dans les années cinquante. Mais Sergeï va garder ce goût pour les références culturelles prolifiques de son père qu'il a vu travailler à Riga: à l'issue de la célébrissime scène des escaliers d'Odessa où l'armée tsariste tire sur la foule venue manifester son soutien aux mutins, après que le landau abandonné eut dévalé les marches, on découvre soudain un lion couché directement inspiré d'une façade de Riga, lion qui se dresse comme symbole de la révolte du peuple russe...
Ajoutons que Sergei Eisenstein devenu idole intouchable du régime soviétique était lui aussi un boulimique extraordinaire de culture, et dans les périodes de disgrâce (il y en eut), il voyagea beaucoup et écrivit, en plus de son œuvre cinématographique, un nombre considérable de textes et d'essais sur l'art où se croisent allégrement les dessins animés de Walt Disney et la peinture du Caravage ou la peinture du Greco, l'opéra chinois et les romans de Dickens etc...

Tel père tel fils, en quelque sorte !

Gérard Poitou

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